Marché laitier français : un manque de valorisation

La collecte laitière française est passée courant décembre 2014 en-dessous du niveau de l’année précédente et baisse de 1,7 % en janvier 2015, alors qu’elle avait augmenté de 10 % au 1er trimestre 2014. La France n’atteindra pas son quota laitier mais de nombreux collecteurs, entreprises coopératives et privées appliquent des prix du lait dissuasifs aux producteurs au-delà de leurs volumes contractuels.

Le prix

Conséquence des baisses de cours de l’automne 2014, le prix du lait français moyen standard 38-32 TQC/TPC recule à 313 €/1000 litres en janvier 2015, en baisse de 4,2 % par rapport au mois précédent et de 20,1 % par rapport à janvier 2014, alors que le prix allemand est à 289 € sur le même mois.

Le prix moyen du lait en France a été supérieur de 6 €/1000 litres au prix allemand sur les 12 derniers mois et de près de 35 € (désaisonnalisé) sur janvier 2015 favorisant le retour à des niveaux d’importation élevés en lait de consommation et pâtes pressées cuites (+ 12 %).

Les coûts de production des éleveurs laitiers poursuivent leur tendance baissière en janvier 2015. La consommation de produits laitiers par les ménages français se maintient en volumes sur les tendances antérieures.

Les ventes de la 1re période 2015 ont été bonnes, car les 10 derniers jours de décembre, particulièrement porteurs, y sont intégrés. Les prix de vente consommateurs des produits laitiers continuent de baisser en février 2015 pour toutes les familles de produits laitiers, résultat de la guerre des prix entre les distributeurs. Les prix de vente sortie usines des produits laitiers baissent de 0,4 % en moyenne entre janvier 2014 et janvier 2015, avec des évolutions divergentes selon les familles de produits.

A l’inverse des anticipations de tous les opérateurs, les cotations européennes du beurre et des poudres se sont retournées à la hausse en janvier et février 2015, à cause de la baisse de la collecte laitière européenne, d’une envolée des exportations sur le marché mondial avec la chute de l’euro face au dollar et de l’anticipation d’une baisse de production en Océanie qui ne s’affirme pas.

Le beurre

La cotation du beurre vrac consolide en mars la forte hausse de février. Le marché apparait équilibré avec des fabrications plus limitées du fait de la réduction de la collecte, des exportations pays tiers dynamiques et des stocks européens en baisse.
La marge nette beurre poudre est encore en zone très fortement négative mais la perte s’est réduit avec le redressement des cours du beurre et de la poudre en février.

Lait poudre

La cotation de la poudre de lait écrémé a repris de la hauteur en février. A l’approche de la fin des quotas laitiers, elle est beaucoup plus discutée en mars, certains acheteurs étant attentistes en espérant un éventuel afflux de lait qui ferait baisser les cours en avril.
La cotation de la poudre de lait entier a accompagné le redressement des cours du beurre et de la poudre 0 % en février. Les cours européens demeurent compétitifs face à la Nouvelle-Zélande qui peine à écouler sa production.
La cotation de la poudre de lactosérum est revenue dans le tunnel de prix suivi depuis 3 ans, entre 800 et 1 000 €/tonne.

Import/export

Les exportations françaises de produits laitiers ont fortement progressé en volumes en 2014, sauf pour les fromages en baisse de 4 %. La valeur des exportations françaises de produits laitiers a progressé de 5 % en 2014, malgré la baisse des cours au 2e semestre.
Les volumes de lait de consommation importés se sont envolés à partir de septembre 2014, par contrecoup à l’embargo russe. Les importations de pâtes pressées cuites ont augmenté de 19 % en 2014, un renversement de tendance par rapport aux deux années précédentes.

Perspectives à 6 mois : Prudence

• Le rééquilibrage brutal du marché mondial des produits laitiers de janvier et février 2015 est suivi d’une période beaucoup plus incertaine. Les opérateurs de marché s’interrogent vraiment sur l’ampleur de la remontée de la production laitière européenne en avril avec la fin des quotas laitiers. Il semblerait que plusieurs mois soient nécessaires pour que la hausse s’exprime pleinement après le freinage du 1er trimestre 2015.

• La Commission européenne s’attend à une hausse très modérée (+ 1 %) de la production laitière européenne en 2015, à voir car l’on connait les ambitions de certains acteurs européens.

• Le rééquilibrage « naturel » des marchés laitiers attendu par la Commission européenne depuis l’embargo russe s’est-il produit plus rapidement que prévu ? On peut en douter au vu des cotations actuelles.

• Le commissaire européen à l’agriculture vient de réaffirmer qu’il n’y a pas de crise dans le secteur laitier. De fait, les livraisons de poudre ou de beurre à l’intervention publique ne sont plus d’actualité pour 2015. Le stockage privé de beurre aide à réguler les cours sur l’année.

• Après quelques inquiétudes au 2e semestre 2014, « l’atterrissage en douceur » de la sortie des quotas parait être en bonne voie mais l’Union Européenne, qui entre désormais dans une économie laitière libéralisée, va être confrontée à une volatilité des prix en encore plus affirmée et à une concurrence féroce entre grands pays laitiers.

• Dans ce concert, il est permis de s’interroger sur la politique d’attributions de volumes menée par certaines entreprises sans réels débouchés valorisés, lesquelles pèseront inévitablement sur les marchés des PGC, les cours des produits industriels n’étant pas appelés à augmenter à court terme.

Issu de la note de conjoncture laitière Lactalis

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